Puisque nous n’avons choisi nulle autre fleur pour emblème de ce numéro 05 que la reine des jardins – j’ai nommé : la rose –, nous n’avons pas voulu vous priver du plaisir instinctif d’en sentir le doux parfum. Pour souffler notre première bougie en beauté, nous avons formé la plus exquise des collaborations et, d’une bougie à une autre, nous nous sommes liées d’amitié avec les ciriers de la maison Carrière Frères, enseigne renommée pour ses élégantes senteurs florales et botaniques pour parfumer l'intégralité de notre édition d'été 2024.

Derrière les bougies et senteurs de Carrière Frères se déroule une histoire à la française dont il faut ouvrir quelques archives pour tirer le fil. En 1643, Charles Trudon fait l’acquisition d’une boutique rue Saint-Honoré, au cœur de Paris. Il y développe une activité d’épicier mais aussi de cirier et fabricant de bougies à destination des paroisses et des ménages aisés. Le savoir-faire acquis par le tenancier est tel que ce dernier est sollicité par Louis XIV pour éclairer le château de Versailles.
En 1702, est installée à Antony une manufacture, devenue ensuite Manufacture royale des cires, rachetée en 1737 par le fils de Charles Trudon. Deo regique laborant, devise du lieu, raconte que les abeilles travaillent pour Dieu et le roy : c’est leur cire qui fait les bougies. Avec une production annuelle pouvant atteindre 500 tonnes, les années se suivent et se ressemblent, jusqu’en 1847 : la manufacture (alors communément appelée “Trudon”) déménage à Bourg-la-Reine. Par ailleurs, au XIXe siècle, Charles-Nicolas Carrière est également façonnier de bougies.

Il confiera son entreprise à son fils Paul, qui rachètera la manufacture Trudon en 1884. Alors que l’électricité arrive, le pari de l’entreprise Carrière Frères (“Frères” serait ici un terme générique) est de faire de la bougie, au-delà de sa fonction éclairante, un objet de décoration. Sa vision, qui passe aussi par l’intégration d’avancées techniques, sera récompensée par une Médaille d’Or à l’Exposition universelle de 1889 (celle qui verra apparaître la tour Eiffel). En 1901, Carrière Frères déménage ses locaux à Mortagne-au-Perche, en Normandie.
Mais notre numéro d’été se parfumant de rose, évoquons cette dernière. C’est celle de Damas que Carrière Frères met à l’honneur, et que vous pouvez sentir à travers les pages de notre numéro 05, que vous pourrez retrouver sous forme de palet botanique, un accessoire à suspendre pour embaumer la pièce, ou de bougie. “C’est encore Robertet à l’œuvre avec un sourcing exceptionnel, la rose est un peu l’incontournable de la parfumerie mais elle est un symbole fort, un classique”, relate Julien Pruvost, directeur de la création chez Carrière Frères.
Cette fleur d’été (qui possède aujourd’hui une petite sœur à la période de floraison prolongée jusqu’en automne) aurait été rapportée au XIIIe siècle par le chevalier Robert de Brie dans la ville de Pro- vins et a fait sa fortune. Son odeur suave et douce est reconnaissable entre toutes. Comme le souligne Carrière Frères en la présentant, ses vertus contribuent à “vaincre l’anxiété, les tensions et les troubles du sommeil, apaiser le système nerveux et favoriser le lâcher-prise, ainsi que l’harmonie, sur le plan psycho-émo- tionnel”.

Comme les autres bougies, celle au délicat parfum de rose est proposée par la maison dans un pot, estampillé d’une étiquette représentant la fleur, reprenant les codes de la discipline multiséculaire de l’illustration botanique. En verre laqué blanc, il évoque aussi l’univers du laboratoire. “C’est aussi une non-couleur qui laisse s’exprimer l’essentiel, reflet de notre approche puriste en matière de parfums, représentations fidèles de la nature”, complète Julien Pruvost.
Valorisant les plantes dans ses créations, la société Carrière Frères s’est aussi attachée à les célébrer dans son lieu d’implantation, toujours à Mortagne-au-Perche. Elle participe sous la forme d’un mécénat à la vie d’un jardin de la ville normande. Aménagé par le paysagiste Antoine Ménard, ce dernier, ouvert au public, est riche d’un jardin de semences dédié à la récolte de graines qui seront mises à disposition des habitants via l’association Mortagne en transition. Carrière Frères entend ainsi honorer le label qui lui a été attribué : Entreprise du patrimoine vivant. Au-delà de l’étiquette, les termes “patrimoine” et “vivant” désignent parfaitement la longue histoire, toujours française, de ces flambeaux transmis d’âge en âge, et dont la dernière nouveauté, La rose aime la menthe, continue de perpétuer l’exquis parfum de la rose...
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@carriere_freres
23 rue d’Anjou
75008 Paris
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